Contre le stress au travail, le « conflit positif »
Contre le stress au travail, le « conflit positif »
vendredi 05 février 2010Yves Grasset, sociologue, cofondateur de la société de consultants Violence Travail Environnement à Lyon.
Hier, journée de la prévention du suicide, un forum était organisé au Quartz. Yves Grasset, sociologue qui a créé sa société, a livré une analyse originale sur la souffrance mentale en entreprise.
Qu'est-ce qui va mal dans le monde du travail actuel ?
Il a changé. Il se transforme constamment. Et rapidement. Les technologies de l'information et de la communication sont entrées dans notre vie personnelle. Il est des personnes qui utilisent leur téléphone portable même la nuit. C'est plus que de l'intrusion dans notre vie privée ! L'obligation de mobilité fait partie de la culture d'entreprise des cadres : il ne faut pas s'attacher, bouger tout le temps... Mais les salariés ont une famille, des enfants qui ont des copains, une maison, etc. Freiner la mobilité géographique a été une des premières mesures réalisées par France Télécom.
Les entreprises sont-elles seules en cause ?
Le suicide est un geste complexe. Les choses sont très liées entre les sphères individuelle et professionnelle. Mais les pratiques managériales ne sont pas responsables de tout. Certes, notre besoin de reconnaissance est énorme. Mais nous vivons dans une société où l'individualisation est forte. On se doit de tout réussir : sa vie professionnelle, familiale, sexuelle, etc. On évolue dans ce bain où il faut constamment se montrer performant.
Votre diagnostic ?
Le principal problème, c'est le délitement des liens dans le monde du travail. Les entreprises le découvrent et ça fait mal. Or, on a besoin d'interpréter constamment les règles, de les adapter à la réalité. Cela nécessite des liens stabilisés, qui se fondent dans le temps.
Que proposez-vous ?
Qu'au sein de l'entreprise, il y ait une prise de conscience collective des sources de dysfonctionnements et de tensions. Et du débat ! C'est déterminant. Cette conflictualité positive fait défaut actuellement. L'enjeu, c'est de trouver les occasions de recréer des liens concrets, de donner du sens. Plutôt que de solidarité, je préfère parler d'une coopération minimale nécessaire et d'entraide.
Ce n'est pas banal d'entendre dire que le conflit est constructif. D'habitude, il est plutôt mal perçu...
Le conflit est positif parce qu'il crée du lien. Il n'empêche pas de respecter l'autre et d'accepter ses arguments. Il est le meilleur moyen d'éviter la violence.
Est-ce que la situation peut s'améliorer ?
On est à un moment historique. En octobre, après les événements à France Télécom, Xavier Darcos, le ministre du Travail, a intimé aux entreprises de plus de 1 000 salariés de réaliser des plans pour la prévention des risques psycho-sociaux. Elles devaient rendre leur copie pour le 1er février. Les entreprises ont pris conscience du problème. Il y a aussi l'influence de l'Union européenne comme on a pu le voir concernant le harcèlement moral au travail. Les fondamentaux sont là. Ça me rend optimiste.


